Le street art à Marseille
C'est ici que le projet est né, et c'est la seule ville dont on parlera comme ça. Voici les murs qu'on connaît, ce qu'on y voit vraiment, et ce que cette page ne dira pas.
Pourquoi une seule ville
Une page par ville serait de la figuration : on écrirait la même chose quinze fois en changeant les noms de rue, et ça se verrait. Marseille est la seule exception qu'on se donne, parce que c'est de là que partent les premiers stickers et que l'auteur y regarde les murs depuis bien plus longtemps qu'il ne fait des sites.
Ce qui suit n'est donc pas un classement ni un circuit touristique. C'est ce qu'on sait pour l'avoir vu, avec les limites de quelqu'un qui marche dans une seule ville.
Le Cours Julien, et ce qu'on n'y voit qu'une fois
C'est l'épicentre, et personne ne le conteste. Les murs du Cours Julien se peignent depuis la fin des années 1980, et l'épaisseur se voit : par endroits, la peinture a fait des couches au point de fermer les reliefs de la façade.
Le quartier a la particularité d'être recouvert du sol au premier étage, sans transition entre les devantures et les murs. Le Département des Bouches-du-Rhône a financé une campagne sur une grande partie des devantures de commerces et de restaurants, ce qui explique pourquoi certaines façades sont manifestement commandées et d'autres manifestement pas.
L'escalier qui descend vers la Canebière est le morceau le plus photographié de la ville. C'est aussi le moins durable : il change plusieurs fois par an. Ce que vous verrez n'est pas ce qu'il y avait sur la photo qui vous a donné envie d'y aller, et c'est tout l'intérêt de venir.
Le Panier, plus calme et plus lent
Le vieux quartier, celui d'avant le port moderne. Les rues y sont trop étroites pour les grandes surfaces, alors le travail y est plus petit : pochoirs, collages, portes peintes, et beaucoup de choses à hauteur d'yeux.
Autour de la Vieille Charité, on trouve de grandes fresques signées par des Marseillais — Nhobi et Seek 313 y ont posé des pêcheurs, des sardines et une Bonne Mère, c'est-à-dire exactement l'imagerie que la ville se donne d'elle-même.
C'est le quartier le plus fréquenté des trois, et donc le plus stable : ce qui est peint ici reste plus longtemps qu'au Cours Julien.
La Friche la Belle de Mai
L'ancienne Manufacture des Tabacs, devenue un lieu culturel. Ce n'est pas un mur d'expression libre : c'est un site où la peinture fait partie de la programmation, avec des fresques, des pochoirs et des collages d'artistes venus d'un peu partout.
La différence compte pour qui vient regarder. Au Cours Julien, on lit une accumulation ; à la Friche, on lit des pièces choisies, avec le temps et le mur qu'il fallait. Les deux sont du street art, et ce ne sont pas les mêmes gestes.
Les grandes fresques, ailleurs dans la ville
Marseille a aussi des murs peints qui n'ont rien de décoratif. Mahn Kloix, installé ici depuis 2011, travaille ce qu'il appelle des portraits populaires : des visages de gens réels, peints en grand, avec ce qu'ils portent comme histoire.
Son portrait de Tursunay Ziawudun, rescapée ouïghoure, couvre deux cents mètres carrés de la façade d'un immeuble rue Félix-Pyat. Ce n'est ni dans un quartier touristique ni sur un circuit, et c'est délibéré.
On le cite pour une raison précise : la question « où voir du street art à Marseille » a une réponse plus large que trois quartiers, et une fresque de cette taille ne s'annonce nulle part.
Les collines, où il n'y a rien à voir
Au-dessus de la ville, les villages accrochés aux collines — Allauch et ses moulins, les routes qui montent — n'ont pas de street art. Pas de fresque, pas de mur, rien à photographier.
C'est pourtant de là que partent les premiers stickers du projet. Un carré de papier sur un support qui n'appartient à personne, à hauteur d'yeux, dans un endroit où personne ne cherche quoi que ce soit : c'était la façon de faire du street art sans rien abîmer, et ça n'a pas changé.
Si vous montez, montez pour la vue. Le reste se scanne par accident, ou pas du tout.
Ce que cette page ne dira jamais
L'emplacement d'un sticker. Aucun, nulle part, ni ici ni ailleurs sur le site.
La règle n'a rien de mystérieux : un sticker dont on publie l'adresse cesse d'être trouvé, il est visité. Le projet repose entièrement sur le fait que le premier qui scanne est tombé dessus, pas qu'il y a été envoyé. Publier une carte des poses reviendrait à supprimer la seule chose qui fasse tenir l'ensemble.
La carte du site dit dans quels pays des stickers ont été scannés, et s'arrête là. C'est volontaire, c'est expliqué, et ça ne bougera pas.
Si vous y allez avec des stickers
Les deux cas légaux valent à Marseille comme partout : un support prévu pour l'affichage libre, ou l'accord du propriétaire du mur. La ville a des panneaux d'affichage libre répartis dans plusieurs arrondissements, et des murs où peindre est admis — l'escalier du Cours Julien en est un.
En dehors de ces deux cas, coller reste une dégradation, y compris dans un quartier entièrement recouvert. Un mur peint n'est pas un mur libre : il est peint parce que quelqu'un a eu l'accord, ou parce que quelqu'un ne l'a pas eu.
Et la règle qui n'est pas dans la loi mais qui compte autant : on ne recouvre pas le travail de quelqu'un d'autre. Cinq centimètres de papier collés par-dessus une pièce finie, c'est un going over, et ça se paie de la même façon partout.